Le boson de Higgs est l'élément manquant de la théorie de la matière. En Suisse, près de Genève, au Grand collisionneur de hadrons (LHC) du CERN, le plus puissant accélérateur de particules du monde, on tente de capter son existence. La dernière vague de résultats de deux expériences, dites ATLAS et CMS, présentés lundi à la conférence biennale Lepton-Photon tenue à Bombay (Inde) montre que cette particule élémentaire serait de plus en plus furtive. De 145 à 466 giga-électrons volt, ATLAS et CMS excluent ainsi avec quasi certitude l'existence du boson de Higgs. Lors de la précédente conférence sur la physique des particules organisée en juillet à Grenoble par l'European Physical Society, les physiciens conduisant les expérience ATLAS et CMS s'étaient montrés prudents. Ils avaient ainsi souligné que les indices possibles signalant Higgs dans leurs données pourraient s'expliquer par des fluctuations statistiques. Mais l'analyse des derniers résultats présentés lundi à Bombay revoit encore à la baisse la signification de ces variations. Chaque fois que nous ajoutons de nouvelles données à nos analyses, nous nous rapprochons davantage de l'endroit où le boson de Higgs pourrait se dissimuler, explique Darin Acosta, professeur de physique à l'Université de Floride et coordinateur adjoint de l'expérience CMS. Or cet endroit se réduit inéluctablement.
La particule de Higgs est l'ultime pièce manquante jamais observée du Modèle standard, théorie de la structure fondamentale de la matière élaborée dans les années 60 pour décrire toutes les particules et forces dans l'univers. Selon ce modèle, Higgs explique pourquoi certaines particules ont une masse et d'autres pas et sa détection permettrait de valider cette théorie. S'il n'existe pas, son absence ouvrira la voie vers une nouvelle physique.
Dans le LHC des faisceaux de protons circulent en sens opposé à la vitesse proche de celle de la lumière dans un anneau de 27 km enterré cent mètres sous terre. Les chercheurs analysent les particules produites par ces chocs dans lesquelles les températures peuvent être 100.000 fois celle du soleil. Le but est de recréer les conditions d'énergie extrême des premières fractions de secondes après le Big Bang il y a 13,7 milliards d'années pour détecter de nouvelles particules qui pourraient aider à résoudre des mystères de la création de l'univers et de la nature de la matière.